Pendant le Ramadan ou un jeûne sec, beaucoup disent la même chose : « Je bois beaucoup le soir et pourtant j’ai toujours soif le lendemain. » La bouche sèche, les maux de tête ou la fatigue persistent malgré plusieurs verres d’eau entre l’iftar et le suhoor.
Le problème ne vient pas toujours d’un manque d’eau. Il vient souvent d’un déséquilibre entre l’eau et les électrolytes.
Pourquoi boire beaucoup d’eau ne suffit pas pendant le Ramadan
L’hydratation ne dépend pas uniquement du volume d’eau consommé. Elle repose sur un équilibre entre l’eau et certains minéraux essentiels, notamment le sodium.
Pendant le jeûne, le taux d’insuline baisse. Or l’insuline participe à la rétention du sodium par les reins. Quand elle diminue, l’excrétion de sodium augmente — on perd donc plus facilement du sel dans les urines.
Le sodium joue un rôle central dans le maintien du volume sanguin et dans la répartition de l’eau dans l’organisme. Si l’on boit beaucoup d’eau sans compenser ces pertes, on dilue davantage les électrolytes circulants. Résultat : la sensation de soif persiste, parfois accompagnée de fatigue ou de maux de tête.
Autre point important : les premières heures de jeûne mobilisent les réserves de glycogène. Or le glycogène est stocké avec de l’eau. Lorsqu’il est utilisé comme source d’énergie, l’eau associée est libérée puis éliminée. Cette perte initiale est à la fois hydrique et minérale — et boire davantage ne la corrige pas nécessairement.
Comprendre le rôle des électrolytes
Les électrolytes sont des minéraux dissous dans l’eau corporelle, indispensables à la conduction électrique et au bon fonctionnement cellulaire. Les principaux impliqués dans l’hydratation sont le sodium, le potassium, le magnésium et le chlorure.
Le sodium régule le volume extracellulaire et participe à la pression artérielle. Le potassium agit principalement à l’intérieur des cellules et joue un rôle dans la transmission nerveuse. Le magnésium intervient dans la contraction et la relaxation musculaires. Le chlorure, lui, accompagne le sodium dans l’équilibre hydrique.
Un déséquilibre même léger peut se traduire par des symptômes très concrets pendant le Ramadan : maux de tête, vertiges à la levée, crampes nocturnes, fatigue persistante, sensation de soif qui ne passe pas malgré une hydratation abondante. Ce n’est donc pas uniquement une question de quantité d’eau, mais de qualité de l’hydratation.
Équilibre intra et extracellulaire : ce qui se joue vraiment
Le corps répartit l’eau entre deux grands compartiments : à l’intérieur des cellules et à l’extérieur. Cette répartition dépend des concentrations respectives en sodium et en potassium.
Lorsque l’apport en eau est élevé mais que les électrolytes sont insuffisants, l’osmolarité plasmatique diminue. L’eau ne se maintient pas efficacement dans le compartiment vasculaire. La sensation de déshydratation peut donc persister malgré un apport hydrique important. C’est ce mécanisme qui explique pourquoi certaines personnes boivent plusieurs litres entre l’iftar et le coucher, et se réveillent malgré tout avec la bouche sèche.
Le plasma marin : une source d’électrolytes
Le plasma marin est une eau de mer purifiée et diluée afin d’obtenir une concentration en sels minéraux proche de celle du plasma sanguin — on parle de solution isotonique. Il contient naturellement du sodium, du chlorure, du magnésium, du potassium, du calcium, ainsi que des oligo-éléments en faibles quantités.
À ne pas confondre avec l’eau de mer brute, qui est hypertonique : sa concentration en sel est bien trop élevée pour une consommation régulière et directe.
Dans le cadre du Ramadan, le plasma marin isotonique peut soutenir l’apport en électrolytes lorsque la fenêtre alimentaire est restreinte aux heures nocturnes. Ce n’est pas un produit miracle ni un substitut alimentaire, mais une source minérale d’appoint. Une attention particulière reste nécessaire chez les personnes souffrant d’hypertension, d’insuffisance rénale ou de pathologies cardiovasculaires — un avis médical préalable est recommandé dans ces cas.
Comment mieux penser sa réhydratation pendant le Ramadan
La vraie question n’est pas « combien d’eau boire ? » mais « comment maintenir un équilibre hydrominéral cohérent sur une fenêtre de quelques heures ? »
Fractionner les apports en eau entre l’iftar et le suhoor plutôt que tout boire d’un coup favorise une meilleure absorption. Veiller à un apport suffisant en sodium via l’alimentation reste essentiel, en particulier si l’on consomme très peu d’aliments salés. Privilégier des eaux naturellement minéralisées plutôt que des eaux très faiblement minéralisées peut faire une vraie différence si la soif persiste. Ne pas négliger le potassium et le magnésium via les aliments — dattes, légumineuses, fruits secs, oléagineux — complète utilement l’équilibre. Et observer ses propres symptômes plutôt que de suivre un protocole standardisé reste la boussole la plus fiable, parce que chaque corps réagit différemment au jeûne.
Conclusion
Si vous avez toujours soif pendant le Ramadan malgré une consommation élevée d’eau, le problème n’est peut-être pas la quantité — mais l’équilibre.
Le jeûne modifie en profondeur la gestion du sodium et des liquides par l’organisme. Boire plus sans penser aux électrolytes peut accentuer la dilution plutôt que corriger la déshydratation. Comprendre ces mécanismes permet d’aborder la réhydratation de façon plus précise, plus physiologique — et finalement plus efficace.
Sources:
- Sur la gestion du sodium pendant le jeûne et le rôle de l’insuline:
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— Référence classique sur le stockage du glycogène avec l’eau (ratio ~3g d’eau pour 1g de glycogène). - Sur les électrolytes et la déshydratation pendant le Ramadan:
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Orsini, J.C. (2007). René Quinton (1866–1925) et « l’eau de mer thérapeutique ». Revue d’Histoire de la Pharmacie.
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